Lutte des classes (Notabilia t. 4)

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Lutte des classes (Notabilia t. 4) Details

Avec Ascanio Celestini, l'écriture est une féerie de la création. Son roman Lutte des classes en est un magistral exemple. Quatre personnes qui vivent dans le même immeuble, où se mêlent loufoquerie et désastre, nous racontent leurs histoires entremêlées. Ascanio Celestini est né en 1972 et vit à Rome. Cinéaste, dramaturge, écrivain, il est l’un des acteurs les plus connus du théâtre narratif en Italie. Son film La pecora nera, adaptation cinématographique de La brebis galeuse (éditions du Sonneur, 2010), a été remarqué à la Mostra de Venise en 2011 et a reçu le prix spécial du festival du film italien d’Annecy. Il a écrit cinq livres, tous publiés en Italie par les éditions Einaudi.

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Salvatore, son grand frère Nicola, Marinella et Patrizia vivent dans le même immeuble. Ils appartiennent à la classe populaire italienne et sont confrontés aux multiples difficultés de l'existence. A tour de rôle chacun prend la parole et dévoile son intériorité. Les destins s'entremêlent. Voilà pour le décor, mais ce qui fait la valeur de ce livre est dans l'imagination déchaînée de l'auteur, Ascanio Celestini.A ceux qui se souviennent avec un brin de nostalgie du cinéma italien des années soixante-dix, de ces formidables comédies à l'humour très noir de Luigi Comencini, Dino Risi, Ettore Scola et autres, et de ces formidables acteurs, bouffons géniaux, qu'étaient Vittorio Gassman, Alberto Sordi, Ugo Tognazzi, ce livre est pour eux. Celestini est, sur le plan littéraire, l'héritier de ces monstres du cinéma, et ressuscite trente ans plus tard leur univers loufoque et souvent sordide.Ce livre pullule d'anecdotes désopilantes mais la farce est parfois difficile à digérer. L'obsession sexuelle est permanente, la misère n'est jamais loin. La solitude est pesante alors que trois d'entre eux travaillent dans un centre d'appels téléphoniques! Les rapports sociaux sont très durs sans que l'on puisse vraiment parler de lutte des classes: la majeure partie du livre semble, au contraire, le récit de soumissions à un ordre social implacable vis à vis duquel il n'y a de révoltes que sporadiques. A un moment le désespoir semble l'emporter, la scatologie devient envahissante, l'humour ne fait plus rire et laisse la place au nauséeux...Mais Patrizia, la dernière à s'exprimer au sortir d'un coma d'un an, décide de prendre son destin en main. ? certes, elle n'a pas de solutions toutes faites, mais là où les aînés (les pères, les oncles) ont failli elle veut "laisser les morts enterrer les morts" (Matthieu 8,21) et inventer sa propre vie. Suite à un acte transgressif mais salvateur de Salvatore elle s'en inspire pour refuser l'existence de poupée Barbie qu'on leur destine à elle, à Marinella, et à leurs soeurs.Elle quitte le centre d'appels en passant à travers les murs: "Parce que dès qu'on s'efforce de mettre de l'ordre, de rétablir une hiérarchie naturelle entre la vie et la mort, tout ce qui ne sert à rien disparaît aussitôt et les murs offrent moins de résistance que l'air." Le gardien se tournera vers ses supérieurs et dira "brigadier, qu'est ce qu'on fait? Ca c'est de la sorcellerie!" Et moi je lui répondrai "non, ça, c'est la lutte des classes".Voilà assurément un des très bons et des plus sympathiques romans de cette rentrée.

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